
Sweden 2026 : 5 jours, 5 rencontres ostéopathiques
Début juin, direction Alingsås, une petite ville suédoise pas très loin de Göteborg. Une destination qu'on n'aurait probablement jamais eu l'idée de visiter autrement, et pourtant, c'est là qu'on a passé une semaine très marquante pour notre formation. On était sept étudiantes de quatrième année.

Au programme : une semaine de pratique sur chevaux et chiens, loin de l’école et de nos habitudes.
Ce voyage on l’attendait, pas pour faire du tourisme mais pour ce qu’il représentait sur le plan professionnel. On était là pour apprendre, découvrir de nouvelles techniques, d’autres approches, d’autres lectures du corps. Des outils concrets que l’on n’aurait pas développés à l’école, afin de perfectionner nos soins pour nos futurs patients. Pour être de meilleurs ostéopathes tout simplement. Car en 4e année, on a des bases, mais on sait aussi qu’il reste encore énormément à apprendre et explorer de notre métier. Et au centre de tout ça, il y avait Anna. C'est elle qui nous a accueillies, et encadrées tout au long de la semaine. Ostéopathe humain et animalier, elle nous a transmis plus que des nouvelles techniques ostéopathiques.
Les pages qui suivent racontent ces cinq jours au travers de cinq consultations : trois chevaux et deux chiens.
Sommaire
1. Consultations équines ?
Freja
Freja*, jument de saut et dressage de 14 ans, a été ma première consultation de ce séjour en Suède. Je l’ai vu pour une boiterie de l'antérieur droit, suite à une blessure au boulet. Cela l'avait contrainte à réduire ses mouvements, entrainant une circulation sanguine et lymphatique limitée, des tensions qui s'installent, ce qui impacte la récupération.
L'objectif de cette séance n'était donc pas de traiter la blessure en elle- même, mais d'accompagner la récupération, en relançant le drainage lymphatique et la circulation sanguine pour aider le corps à faire son travail. Pour ça, j’ai d'abord rééquilibré les appuis sur les deux antérieurs via un travail du garrot et du sternum. Parce qu'une boiterie, entraine toujours des compensations, à l’origines de tensions.

Après avoir vérifié la bonne mobilité du cœur, directement en lien avec le système circulatoire, un gros travail a été réalisé sur la nuque. Cette zone était stratégique car elle abrite le nerf vague, un nerf crânien qui régule entre autres la circulation sanguine et lymphatique de tout le corps. En le stimulant via la nuque, on favorise une bonne vascularisation globale et on aide l'organisme à mieux drainer. Au départ, Freja* n’était pas à l’aise sur cette zone. Anna m’a donné une technique de traitement pour étendre la nuque de façon plus efficace, la différence était flagrante sur la jument sur qui la mobilisation de la nuque était beaucoup plus fluide.
Cette première consultation a été l’occasion de découvrir la façon de travailler d’Anna et sa pédagogie. Nous avons pu lui montrer nos connaissances, nos doutes. Elle nous a tout de suite rassurées et mises en confiance.
Odin
Anna me l’a tout de suite décrit comme un « grumpy grandpa» - grand-père ronchon. Cela a donné le ton de cette consultation, il allait falloir faire preuve de patience et d’adaptabilité. Odin* est un cheval de dressage de 14 ans. Il présente un pied-bot sur l'antérieur droit. C’est une déviation du sabot vers le bas due à la rétractation d'un tendon. Malgré un suivi en maréchalerie, il garde toujours ce sabot plus haut que l’autre. Ce déséquilibre crée mécaniquement un report de poids sur ce membre, avec tout ce que ça implique en termes de compensations et de tensions musculaires.
À la palpation, j’ai retrouvé ce à quoi je m’attendais : des tensions sur l'antérieur droit et un report de poids sur ce membre. En revanche ce qui était moins attendu, c’était la sensibilité de Odin* sur le flanc droit. Il a vraiment commencé à montré son caractère à ce moment là à cause de son inconfort. J’ai vite compris que pour avoir sa coopération, le travail déterminant de cette consultation allait être au niveau du caecum, un organe que je n’aurais pas priorisé au départ.

Le début du traitement n'a pas été simple car Odin* ne me laissait pas accéder à cette zone. Grâce aux conseils d'Anna, j’ai pu être plus calme, pour que Odin* le soit également. Celui qui levait le pied et mordait en début de séance s'est progressivement détendu, me permettant ensuite de travailler le dos, le garrot et les épaules pour rééquilibrer l’appui sur les deux antérieurs. Le résultat était visible en fin de séance : un dos et des épaules réalignés, et un animal beaucoup plus posé.
Cette consultation m’a appris/confirmé deux choses. D’abord lâcher le motif de consultation, pour écouter et suivre ce que l’animal exprime à l’instant T, même si cela implique de déconstruire le plan de traitement initial. Ensuite cette séance m’a aussi encore une fois confirmé que notre attitude se transmet directement à l’animal. Ce jour-là, en prenant le temps d’adopter une attitude calme et sereine, Odin* s’est posé et m’a fait confiance.

Red Sky
J’ai terminé mon séjour en Suède par une dernière consultation équine et non des moindres. « Red Sky* », cheval de dressage de 9 ans, 1,90m au garrot. Je savais que cette consultation serait un défi autant qu’elle serait enrichissante. C’est précisément pour ça qu’Anna a choisi de me donner ce cas. Concernant ses antécédents, Red a présenté une lombalgie et une sciatique sur le postérieur gauche, rendant le travail monté compliqué. Une IRM a ensuite révélé une atteinte ligamentaire du genou gauche. 6 mois de réhabilitation, un suivi ostéopathique et la détermination de sa propriétaire lui ont évité l’euthanasie et lui ont redonné une vraie qualité de vie. Il est aujourd’hui de nouveau présent en concours.

Mes observations reflétaient totalement la pathologie de Red. Sa posture et sa locomotion avait pour but de limiter l’appui sur le membre atteint pour le protéger. L’objectif de cette consultation était de traiter les tensions au niveau du dos et du bassin pour rééquilibre l’arrière-main, redonner de la mobilité au genou gauche, puis faire le lien entre l’avant et l’arrière-main via le diaphragme.
J’ai pu apprendre une nouvelle technique pertinente dans ce cas pour le genou : elle a pour but de restaurer la proprioception, stimuler les récepteurs articulaires et le système nerveux, ainsi que réduire la douleur. Cela a permis de redonner plus de souplesse au genou. Après la séance, Red présentait un dos plus droit et un appui mieux réparti sur les deux postérieurs.
Ce qui m’a marqué dans cette consultation, c’est d’abord de me retrouver face à un cheval de ce gabarit. Il a fallu adapter les gestes et les positions. C’était challengeant mais c’est ce qui a rendu la séance intéressante, car ce n’est pas le type de cheval que l’on manipule habituellement. Et puis il y avait la pathologie en elle-même, que l’on ne croise pas souvent sur un cheval.
C’était vraiment une chance d’avoir pu la palper et travailler dessus concrètement.

2. Consultations canines
Pour les consultations sur les chiens, j’ai pu travailler à plusieurs. Un format différent des consultations équines, mais tout aussi intéressant.
C’était l'occasion de confronter nos points de vue car nous avons toutes une façon d’interpréter les cas et de pratiquer, pour trouver ensemble le meilleur traitement pour l’animal.
Ma première séance canine a été avec Bella*, un caniche nain de 5 ans. Nous l’avons vu pour des problèmes comportementaux. Il présentait des comportements agressifs face aux humains à cause d’un stress trop élevé et permanent.
Le début de la consultation avec lui a été difficile puisque Bella* nous laissait à peine le toucher, il se retournait rien qu’en posant la main sur lui. A force de patience et de calme de notre part, Bella* nous a permis de s’approcher. Nous avons donc décidé de travailler en premier sur l’axe crânio-sacré afin de le poser.
Pendant le traitement sur le crâne qui était complètement comprimé, nous avons vu Bella* plus détendu, bien que toujours alerte de nos faits et gestes. Ensuite le deuxième gros travail pour lui était sur le foie. En effet, il joue un rôle très important dans la gestion du stress : c'est lui qui filtre le cortisol (hormone du stress). Quand un animal est chroniquement stressé le foie est donc sollicité en permanence et se tend. Cette tension se répercute ensuite sur le diaphragme et la respiration. En le libérant, on aide le système nerveux à sortir de cet état d'alerte, permettant à l’animal de s’apaiser. Nous avons donc passé du temps sur cet organe et la zone du dos en lien.
L’avant- après séance a été relativement flagrant : Bella* est passé d’un chien quasiment intouchable à un chien toujours sur ses gardes, mais qui s’est laissé attrapé par une de nos camarades.
Cette consultation a été un vrai challenge pour nous car au départ, nous ne savions pas ce que nous allions pouvoir faire sur Bella* pour lui apporter du confort. Le voir se détendre à la fin de la séance a été une vraie satisfaction. Cela nous a permis aussi d’appréhender un chien agressif, trouver des solutions, s’adapter.

La dernière consultation sera celle de Hoshi*, croisé golden retriever de 8 ans.
C’est un chien de recherche encore entrainé et participant à des compétitions. Nous l’avons vu pour un bilan.
Le point le plus important lors de cette séance était une suspicion d'arthrose thoraco-lombaire, avec des tensions et une perte de mobilité sur cette zone. L'objectif était donc de redonner de la mobilité localement, mais aussi de travailler sur l'ensemble du corps. Nous avons commencé par cette zone en adoptant une approche globale pour lui ramener de la mobilité. Anna nous a ensuite fait stimuler la zone pelvienne de Hoshi*, via des points de pression. Elle nous a expliqué l'importance de ce travail chez les animaux âgés car cette zone perd en tonicité avec le temps, impactant la posture et les structures adjacentes (dos et membres postérieurs). Anna nous a ensuite suggéré de vérifier le diaphragme, point central du corps qui régule les pressions abdominales et thoraciques. Avec l'âge il peut perdre en souplesse, ce qui se répercute sur les fonctions viscérales. Nous avons fini par une détente musculaire des muscles sous-lombaires et de l'arrière-train.
À la fin de la séance, Hoshi* présentait une démarche plus fluide.

Cette consultation a été très enrichissante dans la prise en charge du chien âgé. Anna nous a orienté vers des axes de traitement qu'on n'aurait pas forcément explorés seules. Ces nouvelles approches sont de vrais outils que l’on pourra réutiliser pour nos futurs patients.
3. Anna, la rencontre centrale
Difficile de terminer cette présentation sans parler d'Anna. Pas seulement parce qu'elle nous a encadré, mais parce qu'elle a été du premier au dernier jour, exactement le type d’ostéopathe et de professeure dont on avait besoin. Peut-être que c’est le reflet de la mentalité suédoise, ou simplement sa bienveillance. Toute la semaine, Anna a été présente, disponible, et impliquée.
Pas comme quelqu'un qui fait son travail, mais comme quelqu'un qui tient vraiment à ce qu'on reparte avec quelque chose.
Elle nous a mis à l'aise dès notre arrivée et les premières consultations. Anna a très vite cerné nos personnalités, nos points forts et nos faiblesses, pour nous conseiller et nous guider au mieux. Elle nous a accompagné, questionné sans jamais qu’on se sente jugées. Elle nous a fait confiance avant nous-même. C’est d’ailleurs une phrase qu’elle nous a beaucoup répété “You are the only ones with your hands on the animal, so you are the only ones who can feel if something is wrong.”
Avec elle, on n'avait pas peur de se tromper. On osait proposer, tester. Elle nous corrigeait lorsqu’il y avait besoin, mais toujours pour nous faire progresser. Anna est une passionnée qui a à cœur de transmettre ses connaissances.
Elle ne s'est pas contentée de nous montrer des nouvelles techniques. Elle nous les a fait pratiquer, recommencer, en s’assurant que tout le monde ait compris. Et si besoin elle les montrait sur nous directement. Parce qu’une technique qu’on a ressenti sur soi, on la comprend autrement, et parfois mieux qu’en regardant.
Pour finir, on tenait tout simplement à remercier Anna qui nous a permis de vivre cette semaine et ces expériences. Nous sommes reparties d’Alingsås avec des nouveaux outils, c'est certain. Mais nous sommes surtout reparties avec plus de confiance dans nos mains et dans notre jugement clinique. Et ça, c'est autant grâce à son travail qu’au nôtre.

Auteure : Emeline, Étudiante de P4 à l’ISEMA
Note de la rédaction : afin de préserver la confidentialité des animaux et de leurs propriétaires, les noms mentionnés dans ce témoignage ont été modifiés. Cette version publiée a également fait l'objet de légères corrections orthographiques et typographiques, ainsi que de la suppression de quelques informations non essentielles à la compréhension du retour d'expérience.



